• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 42

Mis à jour : 27 oct. 2018

Etape 42 – 109km avant Perth – 30km avant Fremantle // 79,70km – 16h46’


La dernière étape est toujours à part car elle mélange plusieurs sentiments. Elle symbolise à la fois la fin de l’aventure, la satisfaction d’être arrivé au bout, mais aussi cette étrange sensation que tout cela est passé très vite. Alors on essaie d’en profiter jusqu’au bout, ce qui donne une saveur particulière à cette étape. Evidemment quand je parle de dernière étape, j’exclu celle de demain qui consistera juste à rallier les 30 derniers kilomètres jusqu’à la jetée de Fremantle. Une étape « friandise » comme aime à le dire Philippe. La vraie dernière étape de 80 kilomètres, c’est aujourd’hui que ça se passe.


Le vent aura beau avoir soufflé toute la nuit, ce matin au départ il est redevenu silencieux. Le clair de lune illumine parfaitement les environs. Il fait très bon, et alors qu’il reste encore deux bonnes heures de nuit, la nature commence déjà à s’éveiller. Ce soir Philippe terminera son étape dans la banlieue de Perth, alors on profite de cette matinée et de notre dernier départ « à la fraîche », au milieu des étoiles et de la nature.


Philippe reprend son avancée sur la « Brookton Highway », dernier morceau de route permettant d’accéder à Perth. Et pour un dernier pan de bitume, cette voie n’est pas très agréable à parcourir. Très peu de marge sur les bas-côtés, avec des devers gravillonnés sur lesquels la glissade peut arriver à n’importe quel moment, et seulement une voie de circulation dans chaque sens, ce qui laisse peu de marge aux véhicules pour se décaler. Et pour couronner le tout, la vitesse autorisée est de 110km/h.


La végétation évolue et de nouvelles plantes font leur apparition. Des palmiers, des pins ainsi que de nombreuses autres espèces inconnues de mon piètre répertoire botanique. Nous sommes depuis quelques jours passés sous un climat subtropical, même si la différence ne se voit réellement que depuis aujourd’hui. Il faut savoir que cette région de l’ouest Australien fait partie des neuf habitats les plus importants pour la biodiversité terrestre, avec notamment une forte proportion d’espèces endémiques vivant ici. Il ne faut en effet que quelques minutes de promenades dans les forêts avoisinantes, pour apercevoir bon nombre de nouvelles plantes jamais observées auparavant. Au passage on surprend un petit groupe de kangourous qui faisaient la sieste entre les buissons. Surement les derniers de notre traversée !


Le nouvel animal du jour est le Cacatoës Banksien. Reparti en cinq sous-espèces, il semblerait que nous ayons à faire à celle « des forêts ». Ce perroquet tout de noir et de rouge vêtu possède un cri qui ressemble étrangement à celui d’un goéland. Ou alors peut-être est-ce ma nostalgie normande qui me joue des tours. Depuis hier soir nous en apercevons régulièrement sur les branches les plus hautes. Car je ne sais pas si c’est l’air marin qui les dope, mais ici les arbres sont vraiment grands, et atteignent facilement les 30 mètres. Idéal pour ces oiseaux qui nichent à l’intérieur des eucalyptus les plus grands, et dont le tronc est suffisamment large pour les accueillir. Mais l’important travail de défrichage qui a lieu depuis maintenant plus d’un siècle afin d’implanter ici l’agriculture du blé réduit considérablement leur zone d’habitat, ce qui explique que cette sous-espèce soit considérée comme menacée.


Notre coureur nous le répète jour après jour : il est au bout du bout de son réservoir d’énergie. Ça tombe plutôt bien, car nous sommes au bout du bout de cette traversée. Il est temps d’en finir. Le soleil tape dur et les pas s’enchaînent difficilement. Depuis ce matin Philippe ne fait que marcher mais peut au moins décompter les kilomètres un a un dans sa tête. Plus que 63, 62, 61… Mais il ne profite même pas de sa dernière journée. Son talon lui fait mal, et il peste contre les automobilistes bien moins prévenants que sur le reste de la traversée. Et vas-y que ça double sans prendre le temps d’attendre, allant même jusqu’à frôler notre coureur au passage. Mais par expérience nous y étions préparés : les gens roulent toujours plus nerveusement aux abords des villes. Allez savoir pourquoi !


L’équipe se scinde en deux en début d’après-midi. Serge et David partent reconnaître la mini-étape de demain jusqu’à Fremantle, afin de s’assurer que tout est bien adapté pour le passage de nos véhicules et du runner. Et qu’aucun évènement imprévu n’est organisé du côté de Fremantle… De notre côté nous terminons aux côtés d’un Philippe exténué. Sa moyenne est de 4,7km/h au 65ème kilomètre. Notre route n’en finit plus de traverser toute cette végétation d’une incroyable densité, regroupant des arbres toujours plus hauts les uns que les autres.


La végétation finit quand même par laisser place à un peu de civilisation. Quelques fermes, beaucoup de vergers. Une dernière côte et nous pensons découvrir Perth et son centre-ville de l’autre côté… finalement non, nous revoilà encore au milieu des arbres. La ville tant désirée se fait attendre et joue avec nous. Philippe continue tant bien que mal, la route lui inflige quelques bonnes montées puis laisse place à une longue descente. Le soleil se couche dans de superbes couleurs rouges flamboyantes, et au loin on aperçoit le downtown. C’est bon, nous y sommes presque. Philippe termine son étape de nuit, lampe frontale vissée sur le front, après 79,70km et 16h46 de course. Ce soir nous dormons pour la dernière fois à l’hôtel, dans la banlieue est de Perth. Reprise de la course demain, pour les quelques kilomètres restants. Bonne nuit.




Total de la distance parcourue : 3734,5 kilomètres

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