• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 32

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 32 – 75 kilomètres avant Balladonia – 16km après Balladonia // 91,10km – 16h05’

Hier soir la chaleur du feu et le spectacle des étoiles nous ont offert quelques minutes à la « Edward John Eyre », comme il a surement dû en vivre 200 ans auparavant. Sauf que lui n’est pas allé dormir dans son camping-car ou à l’intérieur de son duvet « 5°C CONFORT ». Mais il n’accompagnait pas non plus un coureur pendant 16 heures par jour. Chacun sa mission, chacun son histoire.


Au réveil la rosée à complètement éteint notre feu de camp. Pas d’incendie à déplorer dans le bush australien. Ce matin on se croirait revenu un mois en arrière. A Wenworth Falls dans les Blue Moutains. Et pour cause, il fait un froid de canard lorsque nous démarrons l’étape. Les environs sont plongés dans une épaisse brume, et déjà que la route paraissait longue, on a maintenant l’impression qu’elle est infinie. Comme si elle avait buggé et répétais sans cesse la même portion de bitume. Les débuts d’étape dans la nuit noire, je trouve toujours cela assez incongru. C’est vrai quoi, aller ravitailler quelqu’un au milieu de l’obscurité, sur une route déserte à l’autre bout du monde... A chaque fois que je fais la route vers la lampe frontale de Philippe avec mon yaourt/muesli dans les mains, je ne m’empêcher de me faire la réflexion qu’il n’y a vraiment que ce genre de course pour nous faire faire des trucs pareils !


Le soleil finit par percer la brume vers 5h. Heure du Western Australia. Sauf que nous avons laissé nos montres réglées sur celle du South. Il est donc 7h30 pour nous. Cela permet à Philippe de ne courir de nuit que le matin, et ainsi terminer son étape en même temps que le soleil. On avait remarqué que lorsque notre coureur voyait la nuit arriver alors qu’il lui restait plusieurs heures de course, cela lui coupait complètement les pattes. Il doit nous faire une sorte de photosynthèse de la motivation ou quelque chose du genre. On a donc décidé de rester sur le fuseau horaire précédent. Malinx. Et puis, il est plus pratique de terminer la course à 17h30 qu’à 20h car ici les gens sont des manges-tôt. Par exemple le motel de ce soir arrête de servir à 19h30.


Nous quittons cette fameuse ligne droite au 36ème kilomètre. Déjà ? Elle sera passée assez vite au final. On retrouve donc avec plaisir nos amis les virages. Pas de quoi sauter au plafond non plus, puisque très vite une nouvelle ligne droite fait son apparition. Pas aussi longue que la dernière, mais nous ne la quitterons plus jusqu’à la fin d’étape. Philippe a de bonnes sensations aujourd’hui. Il accomplit les premiers kilomètres avec une bonne allure. Le soleil est déjà bien haut, il fait chaud, il y a des mouches mais peu importe : c’est le genre de belle journée où tout roule. Le paysage, même s’il est monotone, ne nous a toujours pas lassé. Ces eucalyptus n’en finissent pas de trouver de nouvelles pauses, et tout le monde trouve ces arbres particulièrement beaux.


Au 75ème kilomètre nous dépassons Balladonia, notre halte du soir. L’occasion de voir si certains veulent aller se reposer au motel, pendant que les autres terminent l’étape avec Philippe. L’occasion aussi de se mélanger les pinceaux : transfert des sacs dans le mauvais véhicule, le magnum acheté pour Philippe reste dans le mauvais frigidaire, bref, tout le monde est fatigué et nous en avons là la confirmation. J’en reviens juste à Balladonia, notre « ville » du jour. Que peut-on dire de cet endroit ? Qu’il est célèbre pour avoir reçu sur la tête l’un des skylab américain (premières stations spatiales envoyées dans l’espace par la NASA) qui était censé s’écrasé dans un endroit isolé de toute vie humaine. C’était en 1979 et dans un geste d’humour, le conseil local du comté a envoyé une amende à la NASA. Et il paraîtrait même que le président Jimmy Carter s’est excusé. A l’intérieur du motel, un musée fait aussi la part belle aux chameaux, qui ont joué un rôle essentiel dans l’installation de l’homme blanc à Balladonia. En effet, là où les chevaux avaient besoin d’eau et ne pouvaient porter qu’une certaine charge, les chameaux ont permis de s’installer bien plus rapidement, portant sur leurs dos des charges plus importantes et pouvant avancer sur des pistes en très mauvais état. Ces animaux auraient été importés par ceux qu’on appelle les « Afghans », mais dont l’appellation induit en erreur puisqu’en vérité ils viendraient du nord de l’Inde. Depuis le chameau s’est très bien adapté au sol australien et s’est reproduit en masse. Aujourd’hui plus de 100 000 spécimens vivent au nord de la plaine de Nullarbor. D’où les panneaux qui nous indiquent leur présence depuis pas mal de kilomètres maintenant. Mais aucun n’a encore croisé notre route.


Philippe termine encore à 91 kilomètres. On progresse, on progresse. A demain.




Total de la distance parcourue : 2945,1 kilomètres

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