• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 29

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 29 : Madura – Cocklebiddy // 92km – 15h45’

Retour sur le goudron pour Philippe, après un après-midi et une nuit entière à dormir. Avec un repas entre les deux. Ce matin la reprise est directe : une petite montée, la seule de la journée, jusqu’à atteindre le sommet du « Madura Pass », qui culmine à 96 mètres d’altitude. Philippe a retrouvé du jus, mais malgré cela les douleurs persistent et aucun repos ne suffira à les faire disparaître d’ici l’arrivée. Là où notre coureur ne voulait que marcher il y a quelques jours, il ne veut maintenant plus que courir. La marche est trop douloureuse.


Concernant Madura, pas grand-chose à vous raconter si ce n’est que personne ne sait ce que veut dire le nom de cet endroit. Niveau dates c’est en 1876 que le premier européen -G. Heinzmann- s’installe ici et ouvre la Madura Station. Plus tard un ancien officier de l’armée britannique viendra s’y installer et commencera à y élever des chevaux afin de les vendre à l’armée anglaise cherchant à défendre ses positions en Inde.


Sur les organisations de traversées de continent qui regroupent plusieurs dizaines de participants, il est coutume d’instaurer une demi-journée off. Généralement le samedi de chaque semaine de course. Cela permet à tout le monde, en particulier les coureurs mais aussi les suiveurs, de se reposer. Et de sortir un peu la tête de la course. Vous vous en doutez bien, notre deuxième demi-journée off d’hier a donc fait du bien à tout le monde. Chacun ayant pu vaquer à ses occupations et prendre du bon temps.


L’étape d’aujourd’hui consiste à laisser Philippe partir de notre hôtel à Madura, pour arriver à celui de Cocklebiddy. Le grand luxe pour nous suiveurs, qui pouvons le laisser commencer tout seul pendant que l’on remballe les affaires, et terminer en solo pendant que l’on installe tout dans la chambre. Cette étape, c’est aussi la démonstration du vide qui sépare deux roadhouses. Pas un vide au sens visuel, mais bien au niveau de l’activité humaine. De la végétation, des arbres, des bosquets, il y en a. Des animaux, kangourous, oiseaux et autres lézards, il y en a aussi. Mais des installations humaines ? Mis à part ces panneaux qui indiquent les kilomètres restants pour rejoindre les prochaines villes, il n’y a rien du tout. Pas une habitation, pas un poteau électrique, pas un grillage, rien. Juste un ruban d’asphalte qui traverse une nature toujours aussi impressionnante de par sa taille. Peut-être que je me répète, mais chaque jour qui passe renforce cette impression de grandeur propre à l’Australie.


Passée l’euphorie des jambes retrouvées de ce matin, Philippe revient sur Terre dans l’après-midi. Plus de jus, le corps est lourd et il a du mal à avancer. Il en a ras-le-bol de se battre avec le vent, et confesse même l’avoir insulté entre deux ravitaillements. C’est bon notre coureur perd officiellement la tête. Ce vent qui n’a de cesse de changer de direction : dans le dos, de côté, de face, « trois quart face » même. Néanmoins, ces rafales permettent comme à chaque fois d’atténuer la chaleur ambiante. Il faut juste voir le verre à moitié plein.

Les nuages se font de plus en plus menaçant et la pluie finit par tomber vers 17h. Les automobilistes s’inquiètent tous de nous voir arrêtés sous la pluie et nous demandent si tout va bien. C’est vrai, qui irait donc s’arrêter sur le bas-côté en plein bush une après-midi pluvieuse, si ce n’est pour ravitailler un coureur ? Un petit geste de la main pour leur faire signe que tout est okay, et ils reprennent leur route. De petites flaques d’eau se forment alors sur le bitume, et tous les kangourous des environs viennent alors boire un coup. Allez les gars, bar gratuit pour tout le monde !


Nous arrivons au motel de Cocklebiddy. Same as usual : une station essence, et plein de chambre pour voyageurs fatigués. Ah si, il y a quand même une nouveauté ! Deux superbes aigles parqués dans une immense cage. Si au début le spectacle paraît un peu triste, et ne manque pas d’émouvoir David -notre Brigitte Bardot locale- tant les deux rapaces semblent regarder au loin avec l’envie de s’envoler et de ne jamais revenir, un panneau nous explique la situation : ces oiseaux ont été recueillis après avoir été percutés par des camions. Depuis ils ont été soignés, mais l’un est devenu aveugle d’un œil, et l’autre ne peut plus voler, où alors pendant un laps de temps très court. Ils ne pourraient donc pas survivre en pleine nature et les gérants sont obligés de les garder ici. Chaque année de très nombreux aigles sont percutés par des véhicules, car ils mangent les carcasses de kangourous sur le bord des routes et les conducteurs pensent à tort qu’ils vont s’envoler rapidement, alors que ce n’est pas le cas de ce volatile, qui mets plus de temps que l’on n’imagine à décoller.


Philippe, notre faucon de Cambremer, lui, atterrit comme prévu devant la chambre de l’hôtel. La fin d’après-midi aura été le théâtre d’un regain de forme, et il termine avec 92 kilomètres au compteur en moins de 16 heure. Au top. A demain.



Total de la distance parcourue : 2677 kilomètres

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