• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 26

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 26 : 34 km avant Border Village - 32km avant Mundrabilla // 90,20km – 15h51’

Reprise des débats encore et toujours sur la Nullarbor Plain. Nouveau point météo du jour : il fait un froid de canard ce matin, en grande partie à cause du vent qui souffle fort depuis l’océan. Depuis hier nous avons donc abandonné l’idée que Philippe batte le record du monde de la traversée de l’Australie. L’idée est maintenant de terminer la course, et que Philippe reprenne un peu de plaisir, chose qui avait disparue depuis bien trop longtemps maintenant. Au programme donc, des étapes entre 90 et 95 kilomètres jusqu’à l’arrivée.


Nous continuons de longer les falaises de Bunda. Autour de nous, la végétation n’a pas changé d’un iota : toute la plaine est recouverte de petits et robustes buissons et arbrisseaux, pour la plupart endémiques. Ces plantes survivent à ces conditions arides en absorbant grâce à leurs branches, chaque jour l’équivalent de leur poids en humidité. Tout en bas des falaises, couvrant la côte dans sa longueur, se trouve la « Great Australian Bight » (« la Grande Baie Australienne »). Cette baie forme une zone de transition entre les eaux chaudes de l’océan Indien à l’ouest, et celles plus froides de l’océan Austral au sud. Considérée comme une réserve marine depuis 1998, cette dernière s’étend sur plus de 45 000 km², abrite une biodiversité extrêmement riche avec un taux d’endémisme très élevé. Son élévation au rang de réserve a pour but de protéger en premier lieu le sanctuaire des baleines australes. Jusqu’à 900 spécimens peuvent venir ici chaque hiver à la recherche d’eaux plus chaudes, en profitant ainsi pour sociabiliser entre elles et procréer. Même chose avec les lions de mer, qui se donnent rendez-vous ici chaque année. Mais le plus grand trésor de ces eaux, et que la réserve a aussi pour but de protéger, est son fond marin. En effet celui-ci est peuplé d’un nombre très important d’espèces d’éponges, d’étoiles de mer, d’oursins, de mollusques, de crustacés mais aussi d’algues. Des eaux particulièrement riches donc, la preuve en est : hier nous avons fait voler le drone et en seulement quelques dizaines de secondes d’images celui-ci a réussi à filmer un banc de dauphins !


Aujourd’hui nous passons dans le Western Australia, notre dernier état à traverser. Philippe arrive au poste de frontière un peu avant midi. Ou vers 8h30. Ou plutôt 9h15. A vrai dire nous sommes perdus ! Hier nous avons dormi à Border Village, le roadhouse situé quelques dizaines de mètres juste avant ce poste frontière. Dans le hall d’entrée 3 horloges : Perth 16h00 / Border Village 16h45 / Adélaïde 18h30. Il existe donc un quatrième fuseau horaire, non officiel, et que les villes du coin utilisent histoire de profiter un peu plus du soleil. Idéal pour embrouiller les touristes ! En attendant nous passons le poste frontière sans soucis, après une vérification pas très minutieuse de nos véhicules, par des agents de sécurité à la recherche de fruits et de légumes frais que nous n’avons pas le droit d’emmener avec nous en WA.


Nous longeons la ville d’Eucla au 46ème kilomètre. En 1971 cette ville, qui ne comptait alors que 8 habitants, s’est retrouvée sous le feu des projecteurs car des photographes animaliers disaient avoir aperçu au loin dans la nature une femme à moitié nue, vivant parmi les kangourous. Avec une photo à l’appui, la légende de la « Nymphe de Nullarbor » est alors aussitôt née, et très vite d’autres personnes signalèrent à nouveau l’avoir aperçue. Des journalistes du monde entier se passionnèrent pour cette beauté sauvage, et l’on fit même ériger des statues à son effigie. Avant que finalement, un an plus tard, le photographe ayant fait la découverte avoue que tout ceci n’était qu’une supercherie, et qu’il avait juste fait poser sa femme avec les marsupiaux pour créer le buzz. Mais trop tard, le mythe était né et de nos jours il fait encore parler de lui à Eucla !


Mais pas le temps pour Philippe qui court déjà après un record, mais si ce dernier va commencer à être aussi dur à atteindre que cette nymphe. Passé Eucla, sans nous en rendre compte nous prenons un peu de hauteur et notre route débouche un superbe panorama : la plaine de Nullarbor qui s’en va se jeter dans le précipice, avec quelques dunes de sable sur le côté et l’océan derrière. Deux émeus débarquent de nulle part et s’en vont même finir d’illustrer ce tableau. Superbe.


Après ces quelques kilomètres animés notre route retrouve sa monotonie des derniers jours. La plaine de Nullarbor commence tout doucement à se dissiper et les arbres reviennent orner les bas-côtés. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous allons retrouver la civilisation. Norseman est encore à environ 700 kilomètres, et d’ici là nous ne croiserons aucune ville sauf ces fameux roadhouses.


L’étape se termine par une chute. Encore une… Lorsque Philippe trébuche avec son pied droit, il peut rattraper le coup avec le gauche, mais lorsque c’est l’inverse, sa tendinite au releveur l’empêche de faire le moindre geste de « rattrapage » avec le droit et c’est la chute assurée. Résultat, sa main presque guérie est de nouveau entaillée. Dur dur. Il terminera néanmoins l’étape, avec au compteur 90,20km. A demain.





Total de la distance parcourue : 2444,8 kilomètres

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