• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 23

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 23 : 20km après Nundroo – 34km avant Nullarbor Roadhouse // 91km – 15h47’


Comme dans chaque traversée de continent, l’équipe est forcément confrontée un jour ou l’autre à un changement d’heure. Dans notre cas c’est la deuxième fois depuis le départ. Et après le changement de fuseau horaire, c’est donc le passage à l’heure d’été que nous actons ce matin. Evidemment cela ne manque jamais d’animer les conversations de la veille au soir. On gagne une heure ? On en perd une ? Comment on s’adapte ? Qu’est-ce que ça nous change concrètement ? C’est donc hier soir, assis sur les lits de la chambre en train de manger des ceasar salads et des chicken schnitzel, que nous avons décidé de ne rien changer. Et de continuer à commencer nos étapes à 4 heures du matin. Et tant pis pour l’heure de sommeil de perdue.


Ce matin il est donc 2 heures lorsque nos téléphones sautent une heure et par la même occasion font sonner nos réveils. Nous qui grattions des minutes à Philippe depuis deux jours, voilà que l’on vient de lui en grapiller soixante d’un coup. Bingo. Le rituel reste le même et le 4x4 s’en va déposer Philippe. Départ à 4h tout pile. Alors qu’en vérité il n’est 3 heures du matin, héhéhé… l’avantage c’est que l’on gagne une heure supplémentaire à pouvoir observer les étoiles, mais aussi (et surtout) une heure de tranquillité en ce qui concerne l’arrivée des mouches. On savoure. On profite aussi de l’obscurité pour essayer d’observer des wombats, dont des panneaux signalent leur présence depuis maintenant plusieurs dizaines de kilomètres. Avant finalement de se renseigner et de découvrir que ces derniers ne sont pas des animaux nocturnes, et peuvent même se laisser caresser si l’on en croise au bord des routes. Rien ne sert donc de jouer les aventuriers avec la lampe frontale, maintenant il ne reste juste qu’à croiser les doigts pour en rencontrer.


Philippe passe en tout début d’étape plusieurs minutes au téléphone avec Philippe Leclerc, l’un de ses coachs sportifs. Celui-ci pense avoir une solution pour redonner un peu plus de jus à notre coureur. Des micro-siestes. Encore plus de micro-siestes ! Réparties tous les deux ravitaillements, en plus des moments de repos déjà mis en place depuis le début de la course. A partir d’aujourd’hui, une étape type va donc ressembler à ça :


// Départ // 6ème kilomètre – Ravitaillement 12ème kilomètre – Ravitaillement 18ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

24ème kilomètre – Ravitaillement

30ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

36ème kilomètre – Ravitaillement 42ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

48ème kilomètre – Ravitaillement assis dans le camping-car

54ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

60ème kilomètre – Ravitaillement

65ème kilomètre – Ravitaillement + Sieste de 10 minutes

70ème kilomètre – Ravitaillement

75ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

80ème kilomètre – Ravitaillement

85ème kilomètre – Ravitaillement + Micro-sieste

90ème kilomètre – Ravitaillement

95ème kilomètre – Ravitaillement

// Fin d’étape //


Sacré programme non ? L’idée étant de recharger les batteries au fur et à mesure de la journée, et de ne pas partir pour l’étape complète avec seulement la « recharge de nuit ». Vient alors le 18ème kilomètre et la première micro-sieste : on allonge le siège passager du 4x4 à son maximum, en « mode transat », et Philippe se cale dessus. 5 minutes top chrono, seul dans son sarcophage automobile. On le réveille, hop ravitaillement et il repart. Ça a l’air de plutôt bien marcher, maintenant voyons voir ce que cela donne à la fin de la journée.


Les forêts d’eucalyptus nous imaginions voir disparaître au fur et à mesure des kilomètres sont finalement de retour. Et pas qu’un peu. Notre route est littéralement noyée au milieu de ces milliers d’arbres. Chaque relief (car la route ondule, et n’est qu’une succession de longues et légères montées et descentes) est l’occasion de redécouvrir cet océan d’eucalyptus qui s’étend à perte de vue… impressionnant.


Hier je vous ai promis d’essayer de ne pas trop parler des mouches. Mais quoi de pire qu’une « journée mouches » ? Et bien une « journée taons ». Des taons, pleins de taons. Et du genre particulièrement vorace. C’est drôle car c’est le genre de problématique que l’on ne soupçonne pas lorsque l’on traverse Nullarbor Plain à toute allure et en voiture. Par contre, lorsque vous accompagnez un coureur et que vous faites des pauses d’une heure tous les six kilomètres, vous êtes un véritable festin sur patte aux yeux de ces drosophiles. Evidemment le plus touché est Philippe. Il se fait harceler en permanence et ne compte plus les dizaines et les dizaines d’assaillants qu’il doit tuer d’un claquement de main sur le mollet. Car la seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est que le taon est bien plus lent que la mouche, et par conséquent pas trop difficile à éliminer. Encore heureux.


L’après-midi se poursuit et Philippe chute au 62ème kilomètre. Déconcentration, chaleur, taon, à qui la faute ? Peu importe, le seul véritable souci est que cela coupe complètement les jambes de notre coureur, qui pourtant avançait bien depuis ce matin, et ne montrait pas les signes de fatigue habituels. Philippe voit sa progression freinée, et il l’a mauvaise. On le comprend. L’étape tourne un peu court et notre coureur arrête à sa course au bout de 91 kilomètres.





Total de la distance parcourue : 2169 kilomètres

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