• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 19

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 19 – Widduna - Cungena // 97,50km – 16h21’

Le break d’hier a fait du bien à tout le monde. En premier lieu Philippe, qui a dormi tout du long. De 15h jusqu’à 2h45 du matin, soit 11h45 de sommeil ininterrompu qui auront laissé au corps le temps de souffler, et aux soins celui d’agir. En particulier ce pansement occlusif posé sur le tendon de Philippe. L’équipe elle aussi aura bien profité de son après-midi : repos, repas et repus.


Ce matin on en profite donc pour faire partir notre coureur une demi-heure plus tôt que d’habitude. L’idée étant qu’il passe moins de temps sur les routes une fois la nuit tombée, et dans l’idéal qu’il « arrive avec le soleil », mais aussi que cela nous permette de ne pas être trop juste pour diner une fois l’étape terminée. Car les Australiens mangent tôt, et dans la grande majorité des cas les motels ne font à manger qu’entre 18h et 20h. 20h étant généralement l’heure où Philippe arrête de courir, ce qui bien souvent nous oblige à faire les yeux doux à la cuisinière, où alors à prendre en take-away pour ensuite le réchauffer dans la chambre.


Et quoi de mieux qu’une longue nuit de presque 12 heures pour bouleverser un peu les habitudes de notre coureur ? Philippe ne rechigne pas et décolle à 3h30 du matin. D’autant que, pour la deuxième fois seulement, notre étape part exactement du point où nous avons dormi. Ce matin il fait bon, et notre coureur part avec la sensation d’être restauré, et mieux encore, que son tendon lui fait bien moins mal.


Malheureusement, à peine 20 mètres en dehors du motel et voilà qu’une vilaine contracture vient saisir le mollet gauche de Philippe. Quand ça ne veut pas… Obligé de marcher pendant un bon moment, Jean-Michel le masse plusieurs fois lors des premières heures et Philippe finit par retrouver une alternance course/marche aux alentours du 30ème kilomètre. Mais sa vitesse moyenne n’est alors que de 5,9 km/h. La journée de course s’annonce longue.


Pourtant l’Australie semble quelque peu clémente aujourd’hui. De bons gros nuages gris foncé et une température à mettre un normand en maillot de bain. 14 degrés au compteur, et un petit vent frais qui fait défiler les nuages à vive allure et qui nous offrent quelques rares moments de soleil. Je me souviens que Philippe m’avait dit un jour que « 14 degrés était la température idéale pour courir ». Et bien les conditions sont réunies pour se remettre en forme alors !


Au 70ème kilomètre nous traversons Poochera, ville de 59 habitants au dernier recensement, et dont l’emblème est…une fourmi ! Et plus particulièrement la Nothomyrmecia macrops. A vos souhaits. Cette fourmi, plus connue sous le nom de « fourmi dinosaure », a pour la première fois été collectée et observée dans les années 30, mais ensuite non observée pendant plus de 40 ans, elle a finalement été redécouverte en 1977 sur la péninsule d’Eyre, que nous parcourons depuis quelques jours maintenant. Si cette espèce de fourmi est si intéressante que ça, c’est parce que de toutes celles qui arpentent encore la Terre, elle est considérée comme étant la plus primitive. Qualifiée de véritable « fossile vivant », ou même de « Saint Graal de la myrmécologie » (comprendre « l’étude entomologique, c’est-à-dire scientifique, des fourmis »), les scientifiques s’intéressent énormément à son comportement et à son anatomie, qui permettent de mieux comprendre l’évolution de cet insecte.


Malgré tout, cette espèce est classée comme « en danger critique d’extinction » par l’UICN (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature). En cause, et j’imagine que vous avez votre petite idée, l’être humain : construction des lignes de chemin de fer, des routes et plantation des champs de blé sont autant d’actions qui fragmentent et détruisent l’habitat de ces fourmis. A Ceduna par exemple (où nous arriverons demain), toutes les populations de cette espèce de fourmi ont été éliminées après l’installation d’une ligne téléphonique souterraine, pour laquelle des travaux au bulldozer ont été nécessaire. La coupe des arbres, ainsi que les feux de brousse constituent eux aussi des menaces majeures à sa survie. Bref, déjà qu’il ne reste plus qu’ici où l’on peut trouver ce genre de fourmis, en plus elles doivent affronter un nombre important de difficultés pour survivre. Dure vie que celle de ces fascinantes petites créatures…


Notre petite créature à nous, qui ne possède que quatre pattes et qui n’est pas encore un fossile vivant, tient le coup. Au mental. Ce soir nous optons pour le bivouac, sur une aire de repos située à 96 kilomètres du début de l’étape. A la base nous avions prévu de dormir à Wirrulla dans un motel car la douche du camping-car ne fonctionnait plus (où plutôt la pompe, mais bon la finalité était que Philippe ne pouvait pas se doucher une fois l’étape terminée). Mais Jean-Michel Gyver est passé par là : inclinaison du camping-car, un peu de bricolage à l’aide d’une bouteille en plastique vide et hop la pompe est de nouveau opérationnelle. Je n’ai pas compris la manip’, mais quoi qu’il en soit ça fonctionne à nouveau. Ce soir donc, bivouac. Et il va falloir serrer les fesses car un vent glacial souffle depuis que la nuit est tombée. A demain.





Total de kilomètres parcourus : 1 796,3 kilomètres

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