• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 11

Mis à jour : 18 oct 2018

Etape 11 – 5km après Menindee - 7km avant Broken Hill // 100km – 15h33’

La course reprend son avancée peu après Menindee et sa Darling River, dont je ne vous ai pas parlé hier. Et comment ne pas parler de ce cours d’eau alors que celui-ci est au cœur d’une polémique nationale, et qu’il est quand même le troisième plus long du pays ! La Darling River prend sa source dans le Queensland, la région « nord-est » de l’Australie, et vient terminer sa course dans l’Australie Méridionale dite « du sud ». 1472 kilomètres de long. Elle forme avec la Murray River (le plus long cours d’eau du pays) le plus vaste bassin hydrographique d’Australie dit « le bassin de Murray-Darling » (de la taille de l’Egypte pour vous faire une idée), et qui voit donc deux des trois plus grands cours d’eau du pays le traverser une seule et même région. Hier les panneaux « Save Darling » dans les rues de Menindee, mais aussi le niveau étrangement bas de la rivière, nous avaient mis la puce à l’oreille. Et c’est lors du repas du soir qu’un homme nous a expliqué ce qui se tramait.

A l’origine utilisée pour transporter le blé et le coton jusqu’à Adélaïde, la vie de la Darling River a complètement été altérée par l’agriculture intensive qui s’est développée autour. Et notamment en amont de la rivière, dans le Queensland et le nord du New South Wales. Depuis les années 70, le bassin de Murray-Darling a vu le nombre de champs irrigués augmenter en flèche avec l’arrivée de nombreuses cultures comme celles du coton, du citron et des amandes, nécessitant tous plus d’eau les unes que les autres. Problème, plus on descend au sud, et plus la rivière est asséchée. Une sorte de loi du « premier desservi, premier servi ».

Sauf que les habitants des contrées plus au sud étaient là avant les champs, et ne considère pas cela comme juste. Un point pour eux. Les oiseaux aussi ne sont pas en reste, et même s’ils ne manifestent pas avec des pancartes, ils doivent en avoir gros sur la patate. Par exemple les deux étapes qui nous menaient d’Ivanhoe à Menindee étaient censées être parsemées de nombreux lacs. Nous n’en avons pas vu un seul. Tous asséchés. Et ces endroits sont justement des écosystèmes importants pour beaucoup d’oiseaux, ainsi que de poissons comme la perche dorée. Je ne vais pas rentrer dans les détails des plans d’action du gouvernement (ou des gouvernements devrais-je dire, puisqu’il y en a un fédéral, et un par état, et qu’évidemment ils ne sont pas d’accord sur la question), mais les locaux ne voient pas d’un très bon œil que tout l’eau soit pompée en priorité par les magnats de l’agriculture, et qu’eux ne récupèrent que les miettes.

Mais revenons à la course. L’étape reprend donc à la sortie de Menindee. Nous prenons alors la direction nord-ouest, tout droit vers Broken Hill. Nous sommes entourés d’un vaste paysage de steppe qui s’étend jusqu’à l’horizon et que quelques très infimes reliefs viennent perturber. A nos côtés non plus une voie ferrée, mais un énorme pipeline blanc (tiens donc !) qui se dirige lui aussi vers notre destination. Car oui, ce ne sont pas seulement les villes bordant la Darling River qui s’y approvisionnent en eau, mais aussi des agglomérations assez éloignées (le pipeline mesure 100 kilomètres de long). En 2015 Broken Hill était même passé tout prêt de la pénurie d’eau tant la rivière n’avait plus rien à offrir. La société WaterNSW, qui gère le transport de l’eau, a d’ailleurs proposé la construction d’un autre pipeline, de 270 kilomètres cette fois-ci, et qui irait s’approvisionner encore plus au sud, directement dans la Murray River, la plus grande du pays. Mais le coût du budget de 500 millions de dollars freine tout le monde, et au final, ne serait-ce pas juste une manière de repousser l’échéance ?

Le soleil tape fort aujourd’hui. Il fait chaud et de nombreux mirages font disparaître et flotter ce qu’il reste de l’horizon. Les corbeaux s’en donnent à cœur joie sur les carcasses de kangourous et donnent un côté vraiment inhospitalier à cet endroit, façon Death Valley comme aux Etats-Unis. Mais cela n’impressionne pas pour autant notre coureur, qui utilise une nouvelle technique depuis ce matin. Soucieux de changer sa manière de courir, afin de mieux appréhender le reste de la traversée, il a réalisé ses 30 premiers kilomètres… en marchant ! Mais à l’allure plus que raisonnable de 6,2 kilomètres par heure. L’idée étant de réaliser son réveil musculaire de début d’étape sur la longueur, pour ensuite d’attaquer les 70 derniers kilomètres restants en étant pratiquement « frais », comme si l’étape débutait seulement.

Et ça à l’air de fonctionner ! Philippe est concentré et avance bien. Au 65ème kilomètre toute l’équipe est là pour fêter avec lui le passage des 1000 kilomètres. En 11 jours, 9 heures et 56 minutes. Bravo à lui. Le crew support se scinde alors en deux : une moitié part faire des courses à Broken Hill, oasis au milieu de nulle part, tandis que les deux autres restent aux côtés du suiveur jusqu’à la fin d’étape. Ce soir Philippe renoue avec la barre symbolique des 100 kilomètres ! Belle perf’ ! Maintenant que nous sommes à Broken Hill, nous allons pouvoir sortir les calculettes et nous lancer dans les prévisions tant attendues... On débrief de tout ça demain.



Total de kilomètres parcourus : 1035,3 kilomètres

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