• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 10

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 10 – 84km avant Menindee – 6,5km après Menindee // 90,5km – 14h36’

Hier soir c’était bivouac. Et force est de constater que nous avons pris du galon en ce qui concerne l’installation du campement. Des vrais gentlemen du camping. En toute modestie bien sûr. Nous avons passé la nuit sur un long plateau, parfaitement éclairé par un superbe halo de lune mais balayé par des vents forts et froids. Et nos tentes étaient peut-être un peu fines pour ce genre de conditions. Ce matin tout le monde se réveille avec cette désagréable sensation que le rangement du camp et des affaires ne va pas être une partie de plaisir. Oubliez les smoothies, croissants et bonnes odeurs de café, rien de mieux pour se réveiller qu’un bon pliage de tente dans la nuit et dans le froid !

Philippe part directement depuis le camp de base. Pratique. Les premières sensations sont bonnes. Juste le temps que le corps envoi son diagnostic de réveil au cerveau, « Attention, risque de douleur ici, là et puis surement ici aussi », et la machine peut se mettre en route. La lune laisse place au soleil, qui révèle de petites dunes de sable cramoisies un peu partout. L’outback nous offre une version plus sableuse de son paysage, qui a surement quelque chose à voir avec le désert de Simpson, situé plusieurs centaines de kilomètres au nord de notre position et dont la superficie équivaut à pratiquement la moitié de la France métropolitaine. Et oui, ici les dimensions ont une tout autre mesure…

De nombreux cacatoès rosalbin, dont le plumage mélange des couleurs blanches, roses et rouges, admirent tranquillement le lever de soleil depuis les cimes des arbres. On aperçoit des renards qui profitent du petit matin pour chasser. Des biquettes en itinérance ainsi que des moutons qui, comme toujours, prennent leur jambe à leur cou en nous apercevant. Et bien sûr des kangourous, qui se montrent sous de nombreuses formes aujourd’hui : des gris, des roux, des géants. Et qui sont bien moins craintifs que les premiers jours.

On croise une gare complètement désaffectée. Comme les précédentes. Comme beaucoup de choses ici en fait. On ne compte plus les squelettes d’animaux morts, très méticuleusement curés par les charognards du coin et qui, semble-t-il, sont partis pour rester une éternité à attendre ici. Mais pas le temps de s’attarder sur leur sort, car l’on comprend vite que l’étape du jour s’annonce plus rock’n roll que prévue. Nous continuons de longer notre chère et tendre voie ferrée, mais depuis que le désert s’est invité à la fête, de grosses dunes viennent s’encastrer perpendiculairement contre les rails. L’occasion pour Jean-Michel de faire valoir sa science de la conduite. Coup de volant à droite, à gauche, utilisation subtile de l’accélérateur, tout y est et plusieurs fois il nous sauve de l’ensablement. Les nombreuses heures d’entraînement devant Turbo le dimanche matin auront finalement portées leur fruit !

En cas de dunes trop sableuses, des pistes secondaires s’enfoncent entre les arbres pour les éviter. On laisse notre expert de l’automobile décider du chemin à suivre, et tantôt il tente le coup, tantôt il préfère utiliser cette deuxième option. On essaie au maximum de laisser Philippe près des rails, et tant pis si ses chaussures prennent le sable, car parfois il vaut mieux éviter les chemins de « secours » qui font de sacrés détours dans la pampa. En témoigne le deuxième que nous prenons avec le 4x4, et qui nous emmène loin loin au milieu d’un véritable havre de paix pour kangourou et biquettes. Excusez-nous du dérangement, nous ne faisons que passer…

Nous restons sur cette piste pendant plus de 60 kilomètres. Philippe prend son mal en patience. Lui qui avait de bonnes sensations en ce début d’étape se retrouve assez frustré de voir son avancée ralentie par tout ce sable. Mais les raccourcis ont parfois un prix, et suivre cette voie ferrée faisait partie du plan pour arriver au plus vite à Broken Hill. Le vent souffle toujours aussi fort depuis hier, et balaie une quantité astronomique de poussière dans la voiture. Malheureusement il n’y a rien à faire si ce n’est prendre son mal en patience et voir le bon côté des choses : les mouches ne sont pas de sortie lorsqu’il y a autant de bourrasques !

Il est 15h, et après 400 kilomètres de voyage à ses côtés, nous quittons enfin notre voie ferrée. Attention, nous ne retrouvons pas pour autant la civilisation, mais juste une piste un peu plus large, mieux entretenue, et où la circulation doit être de 3 ou 4 voitures supplémentaire par heure. Rien qui ne devrait bousculer les habitudes prises ces derniers jours. Nous retrouvons aussi Serge, qui s’était occupé d’emmener le camping-car jusqu’à Menindee en empruntant des routes plus longues mais praticables. Pas très funky comme mission, mais néanmoins nécessaire, surtout au vu de la piste de ce matin, où notre vaisseau mère se serait planté à coup sûr. Well done mister Girard. L’équipe suiveuse est donc de nouveau au complet, et il va falloir trinquer à ça ce soir !

Nous traversons notre ville du jour au 86ème kilomètre : Menindee ! Cette ville qui, sur le papier semblait fourmiller de vie, n’est pas vraiment l’oasis escomptée. Le temps semble s’être arrêté ici. Etant donné que nous dormons ici cette nuit, j’en profite pour demander au gérant de l’hôtel de quoi vivent les gens ici. Il m’explique que c’est principalement du travail dans les vignes, et sur la voie de chemin de fer. Mais que c’est à peu près tout. Philippe termine encore à 90 kilomètres pour aujourd’hui. Et devrait monter en puissance dès demain.



Total de kilomètres parcourus : 935,3 kilomètres

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