• Philippe Moreau

Trans-Australia 2018 J 06

Mis à jour : 18 oct. 2018

Etape 06 – Euabalong - Mount Hope // 80,00 km – 15h22’

Ce matin, étant donné que 20 kilomètres nous séparent du point de départ, le réveil sonne encore plus tôt qu’à l’accoutumée. Il est 3 heures et tout le monde se lève avec difficulté. La nuit aura été agitée pour Philippe et Jean-Michel, qui ont eu la malchance de dormir à côté d’une chambre de fêtards. 3h50 et le 4x4 s’enfonce dans la nuit noire pour aller déposer un Philippe qui a déjà des idées plein la tête. Etant donné qu’il s’attend à marcher toute la journée encore, il aimerait avoir pour cette étape des « cours » d’anglais sous la forme de fiches qu’il pourrait réviser. Car pour quelqu’un qui aime communiquer, il est vrai que ça doit être frustrant de ne pas pouvoir parler librement avec les gens qui l’interpellent le soir dans les motels. Même si la vraie difficulté reste surtout de les comprendre… car il faut bien l’avouer, les australiens ne font aucun effort pour articuler. Et plus l’on s’enfonce dans le bush, plus les mots sont mâchés, revisités et au final incompréhensibles.

Le colis est déposé au point de départ à 4h15. Un quart d’heure d’avance par rapport à notre horaire habituel, ce qui ne sera pas de trop étant donné la longue journée qui nous attends. Les étoiles brillent de mille feux, nous offrant des dizaines de constellations inédites et propres à l’hémisphère sud. Les kangourous sont eux aussi au rendez-vous, courant aux côtés de la voiture et traversant de temps en temps façon « kamikazes ». Heureusement, Jean-Mi et la pédale de frein veillent au grain. Le soleil fait à son tour son apparition de façon tonitruante : tout le monde s’accorde à dire que ce matin, le bush a des allures de Namibie, une aventure à laquelle nous avions tous participé il y a plus d’un an maintenant.

Depuis plusieurs jours maintenant nous suivons la voie ferrée du Pacific National, et nous continuerons de la longer jusqu’à Broken Hills. Etant donné que les routes goudronnées ont maintenant fait place à des pistes, de plus ou moins bon état selon le kilométrage, seul le 4x4 continue d’accompagner Philippe. Serge lui, s’occupe pour aujourd’hui de faire un détour de 300 kilomètres (rien que ça) pour rejoindre par le bitume l’hébergement de ce soir. Puis il s’en ira demain nous attendre avec le camping-car à Broken Hills, là où nous quitterons la piste pour de bon.

En attendant donc, il nous faut cohabiter avec ces routes faites de sable. L’avantage : nous sommes enfin seuls au monde. Fini le trafic et les bordures de route, place au grand large ! Au total aujourd’hui, nous aurons croisé 3 voitures et 4 trains. Record à battre. Le désavantage : la poussière s’invite partout dans la voiture, et tout particulièrement à l’arrière où nous préparons les ravitaillements. Et ce n’est même pas la peine de nettoyer tellement un voyage de 5 kilomètres jusqu’au point suivant suffit de nouveau à tout salir. Là encore ce n’est pas sans nous rappeler la Namibie…

David perpétue la tradition instaurée hier, à savoir marcher une dizaine de kilomètres aux côtés de Philippe pour l’accompagner dans ces moments un peu compliqués. Comparé à l’étape d’hier, celle d’aujourd’hui s’avère encore plus difficile pour notre coureur. Sa tendinite au releveur lui fait toujours aussi mal. Alors qu’hier la marche s’avérait être une bonne alternative, aujourd’hui elle est elle aussi douloureuse. Philippe n’a d’autre choix que de marcher tout le long de l’étape, mais de façon ralentie, n’allant jamais au-dessus des 6 kilomètres heure. Autre problème : le fait qu’il soulage son releveur en évitant de l’utiliser, force son corps à adopter une démarche inhabituelle, et d’autres douleurs commencent à se manifester, comme par exemple aux genoux et aux orteils.

La journée est donc très calme, mais tout le monde garde sa bonne humeur. Ce n’est qu’une question de jour avant que la tendinite s’en aille, le réel problème étant juste que l’on ne sait pas combien. Mais ça finira par s’arranger. Contrairement aux mouches qui, nous en sommes sûrs, ne vont pas aller en s’arrangeant. Jean-Michel a inauguré le « filet de tête ». Idem pour Philippe, qui se ballade donc avec un style « apiculteur » des plus seyants. Heureusement qu’on ne croise pas grand monde aujourd’hui, car il y a de quoi se demander qui est cet homme, qui marche seul dans le bush avec son filet sur la tête, tout en écoutant des audios books en haut-parleur sur son téléphone portable…

Avant-dernier ravitaillement et interro surprise pour Philippe. « What are you doing here ? » « Why are you doing that ? » et « How long it’s gonna take ? ». 3 questions et 3 bonnes réponses pour l’élève Moreau qui a gagné le droit d’accélérer le rythme pour les deux dernières heures de marche, afin de passer la barre des 80 kilomètres qu’il s’était fixé. Et ainsi rentrer assez tôt pour manger et se reposer. D’autant que de notre côté, il faut encore transférer suffisamment d’affaires du camping-car au 4x4, pour les quatre jours de camping en autonomie qui nous attendent. Autant vous dire que la journée est loin d’être terminée. A demain.




Total de kilomètres parcourus : 573,3 kilomètres

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